Chronofoot

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lundi 21 juin 2010

Le spectacle permanent


Depuis samedi l’équipe de France offre un spectacle désolant pour ses amoureux et jouissif pour ceux qu’elle n’a jamais séduit. À chaque jour son événement. Tout est parti de l’insulte d’Anelka à Domenech après que ce dernier lui ait signifié, à la mi-temps de France-Mexique, que sa prestation n’en était pas une. Le surlendemain les propos font la une de L’Equipe, la Fédé est publiquement salie et Anelka congédié. Parce que la véritable raison de cette exclusion c’est la publicité de l’humiliation : comme l’a reconnu Domenech, les insultes dans un vestiaire sont monnaie courante, sauf que cela reste en interne. Précipité, ce virement sera suivi d’une conférence de presse à mi-chemin entre Scarface (« il faut trouver le traître ») et l’univers des bisounours (« ce sont des choses qui arrivent »). La communication fédérale ne trompe plus personne, ne nous disait-on pas que le groupe vit bien ?

Le lendemain Ribéry apporte sa contribution à un édifice qui semblait pourtant achevé, en s’invitant sur le plateau de Téléfoot. Là il expliquera avec beaucoup d’empathie que sa pensée va aux Français, auxquels le groupe ne cesse de penser. Ultime tentative d’un service comm’ à bout de souffle ou véritable sincérité ? Je parie pour une spontanéité scénarisée. À ce moment, on pensait être arrivé au bout de notre surprise : de l’exclusion, du pathos, que pouvaient-ils nous offrir de plus ? C’était sans compter sur l’extraordinaire ressources de « nos » joueurs-acteurs. À l’heure de l’entraînement de l’après-midi, ceux-ci refusent d’y prendre part par solidarité avec Anelka. Un souhait unanime. Effectivement on imagine très bien Gourcuff révolté par l’exclusion de l’attaquant qui ne marque pas…Enfin bref. Suite à cette grève, les caméras vont nous offrir deux événements délicieux.

En premier, l’altercation entre Duverne, préparateur physique autrefois présenté comme une sorte de chamane, et Patrice Evra. Prise de tête mythique durant laquelle le coach physique des bleus va se ridiculiser en essayant d’impressionner un Evra qui en a manifestement vu d’autres.
Le second met en scène Domenech contraint de lire le communiqué de presse rédigé par les joueurs qui font état de leur soutien à Anelka. Je ne sais pas si l’humiliation de la scène est réellement perçue ; Domenech me fait penser à ces patrons qui se font séquestrer dans leur propre boîte par leurs salariés ! Voila où en est l’équipe de France : elle joue une pièce de théâtre improvisée à ciel ouvert, en temps réel et sous les yeux du monde entier. Dans cette dramaturgie Evra semble tenir la barre, il se comporte en véritable patron. Il porte ses attributs et ne se défile ni devant Domenech, ni devant la presse et encore moins devant l’inexistant Duverne… Il crée une sorte de code d’honneur où ses valeurs sont placées au-dessus de l’intérêt collectif, au risque d’adopter une attitude de chef d’une armée de révoltés, voire de se tromper de combat. Les autres suivent soit par adhésion (la majorité), soit par peur (Gourcuff), soit par indolence (Henry).

Si Evra tient, l’ensemble de l’édifice fédéral vacille façon Haïti : Domenech qui en est le représentant est bafoué, piétiné. Il n’a plus le respect de ses joueurs. Ses défaillances tactiques, managériales l’ont livrées au mépris public et interne. Et l’annonce de son remplacement avant la coupe du monde a achevé de le fragiliser. Partagé entre le désir de ne pas paraître totalement faible avec ses hommes et celui de les mobiliser pour le dernier match, Domenech n’adopte aucune position franche face caméras. Dans cette atmosphère viciée difficile de savoir qui dit vrai, qui dit faux, qui est victime ou qui se crée un statut. Les prochains jours seront fertiles en révélation.

Dans tous les cas les secousses de ce mouvement n’ont pas fini de se faire sentir. Beaucoup d’anciens tapis dans l’ombre, attendent que des places se libèrent au sein de la fédé. Quant aux joueurs, certains pourraient nuire à leur propre avenir en équipe de France…Pour une fois les absents n’ont pas eu tort.

1 commentaire:

Le Pourfendu a dit…

"Domenech me fait penser à ces patrons qui se font séquestrer dans leur propre boîte par leurs salariés"

Ca s'appelle un 'gherao' en Anglais... Beau mot, dommage qu'il n'ait pas d'equivalent en francais...