
Jeudi après-midi, le site Mediapart, bourreau de l'austère Éric Woeth, a lâché ce qu'il a qualifié de "bombe pour la république" : la DTN voudrait réduire le nombre de Noirs et d'Arabes en équipe de France. Effectivement le 8 novembre 2010, des cadres de la DTN ont discuté de l'instauration de quotas "non-dits" en vue d'une réduction du nombre de joueurs originaires d'Afrique (les binationaux) ; ces derniers étant susceptibles de faire le choix du pays de leurs aïeux au détriment de la France leur pays nourricier et formateur. Un projet anticonstitutionnel.
Sans chercher à savoir quelles étaient les fondements de cette information, l'écrasante majorité des acteurs du football français interrogés - Deschamps, Galtier, Puel, Anigo notamment - ont fait assaut d'un corporatisme prématuré parlant de propos honteux et d'accusations graves. Galtier ajoutant que le multiculturalisme affiché du football français démentait de fait ses allégations... Mauvais argument car les effets de cette décision ne peuvent encore être visibles : l'application des quotas susdits dateraient de la fin d'année dernière et concerneraient les jeunes en centre de formation!
Quelques rares voix dissonantes se sont également faites entendre : celle d'Antoine Kombouaré qui envisage la possibilité que les assertions de Mediapart soient avérées, et celle de Pape Diouf (sur RMC) conforté dans sa vision d'un football français volontairement monochrome à son sommet. Mais globalement le landernau footballistique refuse d'y croire. Sincèrement?
Samedi après-midi, conformément à ses promesses, Mediapart a publié un verbatim de ladite réunion. On y apprend les deux préoccupations du trio Blaquart, Blanc et Mombaerts.
La première c'est le contingentement des binationaux car ils présentent un risque de départ vers d'autres sélections. En effet sur une période non précisée l'INF Clairefontaine a formé 4 internationaux français et 26 étrangers. Il est compréhensible que les structures fédérales se lamentent de ces chiffres : leur objectif prioritaire consiste à approvisionner les différentes équipes de France et non les sélections étrangères en joueurs de haut niveau. Il est donc légitime de réfléchir à des solutions.
Mais le seuil de la légitimité et de la compréhension a été franchi lorsque Mombaerts a proposé des quotas ethniques comme solution à cette fuite des talents. Quotas validés par Blanc et Blaquart. Ce dernier stipulant toutefois qu'"il ne faut pas que ce soit dit". Une discrimination ethnique qui ne dit pas son nom.
La seconde préoccupation est d'accroître les profils techniques dans le football français. Inspirée par les récentes rafles ibériques, cette envie de copier ce qui fonctionne ailleurs est louable. Qui comprendrait que la DTN copie ce qui ne fonctionne pas?
Prolixes sur le sujet, Mombaerts et Blanc préconisent un virage dans les critères de sélection : moins de muscles et plus de technique. Toutefois pour cette préoccupation comme pour la précédente la réponse demeurera d'ordre ethnique; la faute à de tristes amalgames.
En effet, Blanc associe automatiquement les joueurs "grands, costauds et puissants" aux "Blacks" comme il dit. Tandis que Mombaerts parle de "petits gabarits blancs"! Or les Blancs n'appartiennent pas tous à une élite de techniciens et les Noirs ne sont pas tous d'immenses masses musculeuses malhabiles.
Pour résumer la pensée du trio magique : plus de joueurs fiables et techniques et moins de bourrins égal à plus de Blancs et moins de Noirs. Un raccourci primaire.
Beaucoup de réactions ont déploré la visée sensationnaliste des révélations de Mediapart. Une opinion audible eu égard à la façon dont le journal fit éclater l'affaire. La Une de jeudi - "Moins de Noirs et d'Arabes dans le football français" - donnait à penser que la DTN souhaitait baisser le nombre de leurs représentants uniquement pour une question de couleur. Mais un verbatim plus tard on comprenait qu'il s'agissait d'une (mauvaise) réponse au problème des binationaux. Avec une présentation différente Mediapart aurait pu faire l'économie de cette critique.
Toutefois le journal d'Edwy Plenel a le mérite de rendre public une partie de la coulisse de notre DTN. Celle où l'amalgame est pratiquée à l'envi, celle où l'expression et les termes utilisés ne diffèrent pas de ceux du café du commerce. En y réfléchissant bien, tout cela ne devrait pas étonner. Il suffit de lire les commentaires mis en ligne sur Internet par de nombreux anonymes comparant l'équipe de France à une équipe africaine. Le sentiment d'une équipe trop colorée est plus profond qu'on ose le dire, et c'est manifestement le même sentiment que partagent certains membres des instances du football!


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